Daniel Bourry – Béatrice V. Desvaux / contours de l’impensé

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L’infinie douceur des sans nom

D’une beauté souvent effrayante et miraculeuse, les monstres sont les surgissantes figures de l’impensable. Et le monstrueux creuse leur extension indéfinie, hétérogène et diffuse. L’angoisse d’être, la redoutable référence identitaire, et l’effroi sexuel sans fin les fécondent. Abîme ou confins, grotte ou banal bocal, l’inconnu est leur indéfinissable et seule tanière. Ils sont les avatars du jamais vu et de l’insupportable. La terrible énigme de l’existence porte ainsi le poids des origines perdues, qui fondent à jamais les ordinaires limites de l’humanité.
L’extraordinaire polysémie du terme dit l’extraordinaire polymorphie du monstre, entité plurielle aux multiples apparences, intégrant même celle de l’homme passe-partout. L’humain ne fait pas le poids devant l’énergie formidable d’une nature à jamais incontrôlable, y compris et surtout dans ses bas-fonds trop humains… Le monstre met à mal la perfection supposée de l’ordre divin. Sans anesthésie culturelle. On voit partout des larves étranges, de bouleversantes apparitions, et d’aliénantes maternités.
Le monstre et l’histoire des hommes ne sont qu’une seule et même entité. Le monstrueux s’enracine d’abord dans l’image des corps. Le monstre, c’est l’autre de l’homme, son hybride fatal, et sa place est celle des blessures de l’humanité. Celles qu’on ne veut pas voir.
L’artiste est un sauveur fragile.

Daniel Bourry, l'exorcisme de la dignité

D’impossibles créatures, au commencement des formes, incarnent à jamais tous les possibles de l’humain et du non-humain. La norme repose sur le monstrueux. Le monstrueux couve sous la norme. Qui connaît leur apogée respective ?
Mais l’artiste invente d’extraordinaires métamorphoses pour apprivoiser les monstres, humaniser le regard, et changer l’humanité. Sismographe du dedans le plus enfoui, l’artiste expérimente la scénographie la plus crue de l’affect le plus agissant. Car le monstre est son double, et le monstrueux notre miroir.
Daniel Bourry, créateur en photographie, invente pour de vrai d’intemporelles postures. Il s’aventure avec humilité et respect dans l’invécu. Dans l’inouï. Il dégage à vif les fabuleuses virtualités qui sommeillent en chaque entité qui fut vivante. De la souplesse infinie à la plus grande sérénité. Sublime grâce mise au jour. Les innommables ont enfin accès à l’existence. Exorcisme de l’absolue dignité.

Béatrice V. Desvaux, ses corps d’immensité

Sur fond fluctuant couleur d’opacité où l’existence hésite à s’accrocher, l’artiste franchit les interdits qui barrent l’accès au réel le plus ancien. Les barrages du savoir cèdent devant ces naissances refusées. Surgissent des existants prodigieux, en forme d’esquisses hallucinées, androgynes des origines à l’indifférenciation brutale. L’étonnante densité des peintures de Béatrice Desveau est celle d’une scénographie de l’intimité. Autarcie première, quand le corps qui fut s’abandonne à l’absence des gestes. Des couleurs de tombe, ou d’ancienne mémoire, nimbent des corps en gestation.
Christian Noorbergen

http://lescontoursdelimpense.fr

vernissage - 2 juin à partir de 18h
Conférence débat - Christian Noorbergen "L'infinie douceur des sans nom " mercredi 20 juin /20h30
réservation 02 47 37 10 99 / cleanne@numericable.fr

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